L’odyssée cosmique : une lecture anarchiste de l’Univers
Dans le cadre de l’encyclopédie anarchiste publiée entre 1925 et 1934, Frédéric Stackelberg a proposé une réflexion scientifique et philosophique sur notre système solaire et l’Univers, intitulée Les planètes. Loin d’être un simple traité d’astronomie, cet essai constitue une tentative de démystification du cosmos à travers une perspective matérialiste et émancipatrice, cherchant à libérer l’esprit humain du poids des dogmes religieux et du surnaturel.
Une vision matérialiste de l’Univers
Pour Stackelberg, l’Univers est une sphère incommensurable, un infini composé de milliards de systèmes solaires, indissociable des concepts de temps, de matière et d’énergie. L’auteur rejette fermement l’idée d’une création divine, attribuant la naissance de la notion de surnaturel à la « peur et l’ignorance » des hommes face à la misère et aux contradictions de leur existence.
L’homme, être conscient de son existence, ne peut concevoir le néant et cherche désespérément à expliquer son origine. Pour l’auteur, cette quête doit se fonder sur l’observation scientifique plutôt que sur des croyances : il préconise d’appuyer nos raisonnements sur des éléments palpables, tels que l’astre du jour (le Soleil), plutôt que sur des spéculations sur des mondes invisibles.
Le cycle de la vie stellaire
L’article détaille une théorie de l’évolution des corps célestes, décrite comme une succession de périodes caractéristiques. Chaque étoile et planète passerait par plusieurs phases d’évolution ascendante, marquées par :
- L’état gazeux incandescent : une nébulosité diffuse, matière première des mondes.
- La formation d’un noyau lumineux : la nébuleuse stellaire.
- La formation de taches : signe d’un début de refroidissement.
- La période des éruptions : une phase violente où l’astre, couvert d’une écorce encore ténue, se transforme périodiquement en brasier.
- Le refroidissement complet : la transformation de l’étoile en planète, stade où se trouve actuellement notre Terre.
La sixième période marque le déclin, menant à une dissolution dans le « substratum incréé » de l’Univers, d’où ces corps célestes ressuscitent tel un phénix, sous de nouvelles formes pour un cycle inédit.
Une pluralité de mondes habitables
Stackelberg aborde avec conviction la question de la vie extraterrestre, affirmant que chaque planète peut devenir un foyer de vie organique. Pour lui, la « pluralité des mondes habités » est une évidence mathématique.
- Mercure et Vénus : Les données sont jugées insuffisantes pour affirmer la présence d’habitants, mais l’auteur souligne l’unité constitutive de l’Univers comme preuve de la possibilité de vie partout.
- Mars : Longtemps objet de fascination pour ses « canaux », Mars est décrite comme une planète en déclin, bien que la question de son habitabilité demeure ouverte, le défi étant de savoir si des humanités évoluées peuvent coexister simultanément.
- Jupiter et Saturne : Ces géantes représentent des mondes en devenir. Jupiter, avec son atmosphère tourmentée, est comparée à la Terre d’il y a des millions d’années, offrant une « révélation permanente de la vie universelle ».
Une réflexion sur l’humanité
En conclusion, l’essai de Stackelberg dépasse l’astronomie pour revenir à une critique sociale. L’anthropomorphisme et les siècles de religion ont enténébré la compréhension humaine, nous rendant difficile l’acceptation de l’idée qu’il n’y a, dans la nature, « ni cause finale, ni grand, ni petit ».
Finalement, l’auteur souligne que la recherche de la vérité et la compréhension du cosmos sont essentielles, car elles permettent d’acquérir la certitude que la vie est « partout illimitée dans le temps et l’espace ». Cet article, par son approche mêlant rigueur scientifique de l’époque et idéologie libertaire, témoigne de la volonté des penseurs anarchistes de réapproprier la connaissance du monde comme outil d’émancipation intellectuelle.