La Légion russe en France pendant la 1ère guerre mondiale
Préambule
Mon grand-père, Grigori Ivanovitch Geyer, mon grand-père, que l’on connaît en France sous le nom de Georges de Gueyer était officier de l’armée impériale russe quand il arrive en France en mai 1917, au lendemain de la sanglante offensive du Chemin des Dames au cours de laquelle les brigades russes du corps expéditionnaire s’étaient illustrées, au prix de pertes terribles, devant Brimont et Courcy. Par l’ordre du 11 mai 1917, il est affecté au 5e régiment spécial d’infanterie du corps expéditionnaire russe en France.
L’année de son arrivée est aussi celle de la tourmente : la révolution russe de 1917 emporte l’Empire et jette le trouble dans les rangs des soldats russes stationnés en France. Lorsque les unités gagnées par la contestation se mutinent à l’été 1917 au camp de La Courtine, dans la Creuse, Georges de Gueyer a très certainement participé, aux côtés des troupes restées loyales, au règlement de cette rébellion, réprimée en septembre 1917.
Refusant la défection de son pays et fidèle au serment prêté au tsar, il s’engage alors, avec d’autres officiers et quelques soldats demeurés loyaux, dans la Légion russe pour l’Honneur. Cette unité de volontaires, intégrée à l’armée française au sein de la prestigieuse Division marocaine, allait écrire en 1918 l’une des pages les plus héroïques et les plus méconnues de la Grande Guerre. C’est son histoire, qui est aussi celle de mon grand-père, que retrace cet article.
Aux origines : le corps expéditionnaire russe en France
L’histoire de la Légion russe commence bien avant 1918. En décembre 1915, la France, saignée par dix-huit mois de guerre, obtient de son alliée russe l’envoi de troupes sur le front occidental. Paris avait initialement demandé 300 000 hommes ; le tsar Nicolas II, contre l’avis de son chef d’état-major le général Alekseïev, consent finalement à mettre sur pied quatre brigades spéciales d’infanterie, soit environ 44 000 hommes répartis en huit régiments.
Les 1re et 3e brigades, commandées par les généraux Lokhvitski et Marouchevski, débarquent au printemps 1916 à Marseille, Brest et La Rochelle, où elles sont acclamées par la population. Les 2e et 4e brigades sont dirigées sur Salonique pour combattre sur le front d’Orient. En France, les quelque 20 000 soldats russes sont rassemblés au camp de Mailly, dans l’Aube, avant de monter en ligne en Champagne, dans le secteur d’Aubérive. Un détachement russe défile même à Paris le 14 juillet 1916, soulevant l’enthousiasme des Parisiens : l’alliance franco-russe, scellée dès 1892, prend chair sous les yeux de la foule.
En avril 1917, les quatre régiments présents en France sont rattachés à la 5e armée du général Mazel pour participer à l’offensive Nivelle — le Chemin des Dames. Le 16 avril, les Russes s’emparent des ruines de Courcy, de la cote 108 et du Mont Spin, devant Brimont, au nord-ouest de Reims, capturant un millier de prisonniers et résistant à toutes les contre-attaques. Le prix est effroyable : 70 officiers et 4 472 hommes tués, blessés ou disparus en quatre jours. Les 1re et 3e brigades sont citées à l’ordre de l’armée. C’est dans ce contexte, en mai 1917, que Georges de Gueyer rejoint le 5e régiment spécial d’infanterie.
1917, l’année de la rupture : la mutinerie de La Courtine
Mais au moment même où les brigades russes versent leur sang sur le sol de France, leur patrie bascule. Le 15 mars 1917, le tsar Nicolas II abdique ; les soldats prêtent serment au gouvernement provisoire. Les comités de soldats, importés de Russie, minent la discipline. Épuisés par les combats de Brimont, travaillés par la propagande révolutionnaire et ne comprenant plus pourquoi ils devraient mourir pour une cause qui semble ne plus être celle de leur pays, une grande partie des hommes refuse de remonter en ligne.
Regroupés d’abord au camp de Neufchâteau, les soldats russes se scindent en deux factions irréconciliables : les partisans de la poursuite du combat, fidèles au gouvernement Kerenski et à l’alliance française, et les « bolchevisés » qui réclament leur rapatriement immédiat. Inquiet de la contagion révolutionnaire sur ses propres troupes — l’armée française traverse alors sa propre crise des mutineries —, le grand quartier général décide d’éloigner les Russes du front : début juillet 1917, 16 000 hommes et près de 300 officiers s’installent au camp de La Courtine, dans la Creuse.
La crise y éclate aussitôt. La 1re brigade, majoritairement acquise à la révolte, installe dans le camp un embryon de « république soviétique » ; la 3e brigade, restée loyaliste, quitte les lieux pour le village voisin de Felletin. Pendant des semaines, les autorités françaises et russes négocient, multiplient les ultimatums. En vain. Le ministre de la Guerre Paul Painlevé ordonne alors le blocus du camp et confie le rétablissement de l’ordre aux Russes loyalistes eux-mêmes, appuyés par l’artillerie.
Le 16 septembre 1917 au matin, les canons de 75 ouvrent le feu sur le camp. Les troupes loyales — parmi lesquelles les hommes du colonel Georges Gotoua, et très probablement Georges de Gueyer — participent à la réduction de la mutinerie. Le 17 au soir, plus de 7 500 mutins se sont rendus, drapeaux blancs en tête, devant l’église de La Courtine ; les derniers irréductibles résistent jusqu’au 19. Le bilan officiel fait état d’une dizaine de morts et d’une quarantaine de blessés parmi les insurgés — certains historiens l’estiment plus lourd. Les 249 meneurs sont emprisonnés au fort Liédot, sur l’île d’Aix ; les autres sont dispersés vers des camps de travail en métropole ou en Afrique du Nord.
Après la prise du pouvoir par les bolcheviks en octobre 1917, le corps expéditionnaire est dissous et le gouvernement français offre à chaque soldat russe trois options : s’engager pour continuer le combat, servir comme travailleur militaire volontaire, ou être interné en Afrique du Nord. Plus de 11 000 hommes choisissent le travail, environ 4 800 réfractaires sont envoyés en Algérie. Quelques centaines seulement — l’élite morale du corps expéditionnaire — choisissent de reprendre les armes.
La naissance de la Légion russe pour l’Honneur
Fin 1917, avec l’appui de Clemenceau, se constitue autour du général Nikolaï Lokhvitski et du colonel Gotoua une unité de volontaires qui prendra le nom de Légion russe — bientôt « Légion russe pour l’Honneur » (Русский Легион Чести). Ces hommes porteront l’uniforme français, orné d’un écusson aux couleurs russes, leurs grades figurant sur les pattes d’épaule à la mode russe. Quatre bataillons sont formés à partir des rescapés des brigades spéciales :
Le 1er bataillon, sous les ordres du colonel Gotoua (13 officiers, 490 hommes), sera le fer de lance de la Légion au combat. Le 2e bataillon, commandé par le colonel Ieské puis, à partir du 5 mai 1918, par le colonel Kotovitch (11 officiers, 397 hommes), ne sera jamais engagé au front. Le 3e bataillon du colonel Balbachevski (21 officiers, 504 hommes), venu de Salonique et destiné au front d’Orient, est travaillé par les mêmes doutes qui avaient nourri La Courtine après l’annonce du traité de Brest-Litovsk : il ne combattra pas. Le 4e bataillon enfin, sous le colonel Simonoff (6 officiers, 234 hommes), rejoindra le 1er bataillon au feu. Ce sont donc quelques centaines d’hommes réellement combattants qui porteront seuls l’honneur des armes russes sur le front occidental.
Un pacte d’honneur avec la Division marocaine
Le 13 décembre 1917, la Légion russe est rattachée à la 1re Division marocaine (DM) du général Daugan — l’une des unités les plus prestigieuses de l’armée française, la plus décorée de toute la Grande Guerre, seule division dont les quatre régiments d’infanterie porteront la Légion d’honneur sur leur drapeau. Aux côtés du Régiment de marche de la Légion étrangère, des zouaves et des tirailleurs algériens et tunisiens, les Russes trouvent leur place dans cette fraternité d’armes cosmopolite. Le bataillon russe est administrativement rattaché au groupement du 8e régiment de marche de zouaves.
Cette intégration ne fut pas une simple formalité administrative ; elle fit l’objet d’un discours officiel solennel. La note du commandement de la Division marocaine mérite d’être citée :
« À l’exception d’un certain nombre d’officiers et de soldats qui ont estimé qu’il était contraire à leur honneur de mettre bas les armes […] ceux-là sont avec nous. »
Le commandement insistait sur la nécessité de traiter ces volontaires avec une haute considération, en distinguant soigneusement la Russie historique, alliée fidèle depuis 1892, de la « bande de Bolcheviks » alors au pouvoir à Petrograd. Les militaires français furent tenus de saluer courtoisement leurs alliés russes. Pour ces hommes qui avaient tout perdu — patrie, empereur, armée —, la Division marocaine devenait une seconde famille.
L’hiver 1918 : l’excellence au quotidien
Au début de l’année 1918, la Légion est cantonnée à Rozières-en-Blois, dans le secteur de Vaucouleurs (Meuse), partagée entre travaux et exercices. En février, lors des « championnats » militaires organisés par la Division marocaine en Lorraine, les Russes font une démonstration éclatante de leur valeur technique : première place en rapidité de mise en batterie (109 secondes pour deux pièces), domination en rapidité de chargement (30 bandes et 13 cartouches en une minute), peloton de tête au tir de précision. Avant même leur baptême du feu sous l’uniforme français, ces soldats d’élite avaient conquis l’estime de leurs camarades zouaves, tirailleurs et légionnaires.
Le baptême du feu : sauver Amiens (avril 1918)
Le 21 mars 1918, Ludendorff déclenche sur la Somme la grande offensive de printemps (opération Michael) qui doit emporter la décision avant l’arrivée massive des Américains. Le front britannique cède ; Amiens, nœud ferroviaire vital, est directement menacé. Le 26 mars, la Division marocaine — Légion russe comprise — est jetée dans la bataille et débarque dans le secteur stratégique de Villers-Bretonneux avec une mission impérative : barrer la route d’Amiens.
C’est sous les ordres du capitaine Loupanoff que le bataillon russe, constitué en bataillon d’assaut du 8e zouaves, se prépare. Dans la nuit du 25 au 26 avril 1918, les régiments de la division gagnent secrètement leurs positions de départ au sud de Villers-Bretonneux, vers le bois de Hangard, en soutien des troupes australiennes et britanniques. À 5 h 15, l’offensive est lancée. Malgré tous leurs efforts, zouaves et tirailleurs sont cloués au sol devant les lignes allemandes. La Légion russe reçoit alors l’ordre d’attaquer. Les « Pages de gloire de la Division marocaine » ont immortalisé ce qui suivit :
« Toute la ligne semble clouée au sol. Soudain, un soubresaut l’agite. Une petite troupe s’est dressée dans la plaine : cette troupe s’élance, elle passe comme une trombe entre zouaves et tirailleurs et, magnifique, la baïonnette haute, méprisant les balles qui la déciment, officiers en tête, bondit sur l’ennemi d’un tel élan qu’elle le refoule jusqu’à la route du monument. Quels sont donc ces hommes prodigieux, qui, hurlant des paroles incompréhensibles, sont parvenus, chose à peine croyable, à franchir cette zone de mort que zouaves et tirailleurs n’avaient pu dépasser ? Ce sont les Russes de la Division marocaine. Gloire à eux ! »
Trop peu nombreux pour se maintenir durablement sur la position conquise, les survivants tinrent à l’honneur, la nuit tombée, d’aller arracher aux mains de l’ennemi les corps de leurs frères tombés. Au prix de ces sacrifices, l’élan allemand est brisé : la route d’Amiens restera définitivement fermée. Le capitaine Loupanoff est décoré de la Légion d’honneur par le général Daugan, et le bataillon obtiendra pour ces journées sa première citation à l’ordre de l’armée, saluant sa « fougue impétueuse » et son « superbe dédain de la mort ».
Barrer la route de Paris : la Crise et Villers-Cotterêts (mai-juin 1918)
Après les combats de la Somme, la division se reconstitue dans l’Oise, vers Nanteuil-le-Haudouin. Le répit est bref. Le 27 mai 1918, l’offensive allemande du Chemin des Dames (opération Blücher) enfonce le front : Soissons tombe, les Allemands foncent vers Château-Thierry et la Marne. Paris est directement menacé. Le 29 mai, la Division marocaine débarque en urgence dans la région de Vic-sur-Aisne et se déploie le long de la petite rivière la Crise, sur la route même de Soissons à Paris, vers la Montagne de Paris, Missy-aux-Bois et Chaudun.
C’est dans ces journées critiques que le colonel Lagarde jette la Légion russe dans la bataille comme renfort d’urgence. Les assauts allemands se succèdent ; la division plie mais ne rompt pas. L’unité russe y perd près de 85 % de son effectif, la quasi-totalité de ses officiers étant tués ou blessés : c’est l’épisode le plus sanglant de toute son histoire.
La citation du lieutenant Georges de Gueyer
Au cœur de cette fournaise, le 30 mai 1918, le lieutenant Georges de Gueyer, commandant une section de mitrailleuses, refuse de plier face à l’artillerie adverse. Sa conduite lui vaut une citation à l’ordre de la division, signée du général Daugan :
« Le lieutenant Georges de Gueyer s’est fait remarquer le 30 mai 1918 pour son courage et son sang-froid en commandant une section de mitrailleuses ; n’a pas hésité à se mettre en batterie sur une position importante battue par un feu de l’artillerie et de l’infanterie adverses. A tenu, malgré les nombreux morts et blessés, l’ennemi en respect. »
Pour cet acte d’héroïsme sous un feu croisé d’artillerie et d’infanterie, Georges de Gueyer est décoré de la Croix de guerre avec étoile d’argent. Son sang-froid, cité en exemple, devient le symbole de la résilience de la Légion tout entière.
Début juin, la Division marocaine remonte en ligne dans le secteur de Villers-Cotterêts, où les combats atteignent une violence extrême sous un pilonnage d’artillerie incessant. Les hommes repoussent chaque assaut et reprennent même les positions perdues. C’est au cours de ces affrontements, le 19 juin 1918, que le lieutenant de Gueyer est grièvement blessé lors d’une forte reconnaissance ennemie. Évacué vers l’arrière, il quitte définitivement les lignes de feu. Sa guerre est finie ; celle de la Légion continue.
L’été 1918 : reconstitution et crise des engagements
Décimée sur la Crise, la Légion est reconstituée en juillet grâce à des renforts puisés parmi d’anciens volontaires des régiments du corps expéditionnaire, notamment des brigades de Salonique dissoutes ; elle passe alors à la 1re brigade de la Division marocaine, aux côtés du Régiment de marche de la Légion étrangère, avec lequel on la confondra souvent — Rodion Malinovski, futur maréchal de l’Union soviétique, servit ainsi dans les rangs russes de la division.
L’été 1918 est aussi celui d’une crise morale. La Russie étant officiellement sortie de la guerre depuis le traité de Brest-Litovsk (3 mars 1918), les contrats d’engagement initiaux sont déclarés caducs et de nouveaux actes d’engagement sont exigés des volontaires. Beaucoup hésitent ou refusent : Lénine a fait proclamer que « les citoyens russes qui appuient cet enrôlement ou qui s’y soumettent sont déclarés ennemis de la République des Soviets et de la Révolution ». S’engager, c’est risquer d’être traité en traître dans une Russie en pleine guerre civile. Le général Daugan, qui tient à « l’appoint de ces 400 hommes qui viennent de combattre avec la plus grande bravoure », défend ses Russes avec une constance remarquable : « Ces gens ont été si souvent trompés ! », écrit-il, comprenant leur crainte de perdre « le caractère spécial d’unité servant sous le drapeau russe et sous un commandement russe ». Les quatre bataillons d’origine sont dissous et reconstitués en un « Bataillon de Légion russe » formé des seuls volontaires ayant signé le nouvel engagement. En août, de nouveaux renforts — deux compagnies et demie d’infanterie et une unité de mortiers — donnent à l’unité l’ossature d’un régiment.
La gloire : Terny-Sorny et la percée de la ligne Hindenburg (septembre 1918)
Engagée en juillet dans la bataille du Soissonnais — second volet de la seconde bataille de la Marne —, avec des attaques sur Saint-Pierre-Aigle, Dommiers et Chaudun à partir du 18 juillet, la Légion participe à partir de la fin août à la poussée générale vers la ligne Hindenburg, au nord de l’Aisne.
Le 2 septembre 1918, alors bataillon de deuxième ligne, la Légion russe se porte spontanément en avant de la première ligne, clouée au sol par les feux d’artillerie et de mitrailleuses. Par une manœuvre habile, elle déborde et tourne par l’est le village de Terny-Sorny, s’en empare au corps-à-corps et s’y maintient toute la nuit, puis résiste deux jours durant aux furieuses contre-attaques allemandes. Le commandant Tramuset, chef du bataillon, est tué dans ces combats ; l’aumônier de la Légion, l’archiprêtre André Bogoslovski, figure vénérée de l’unité, y disparaît lui aussi.
Le 12 septembre, le régiment russe accomplit son fait d’armes le plus éclatant : la percée des défenses allemandes sur trois lignes de fortifications successives en béton armé, dans la région de Laffaux et d’Allemant, enlevées à la baïonnette — la troisième ligne se rendant à l’approche des Russes chargeant aux cris de « hourra ». Prisonniers et matériel sont capturés en grand nombre. Les 14 et 15 septembre, la Légion contribue encore à la réduction d’un puissant nid de mitrailleuses et à l’enlèvement du plateau à l’est d’Allemant. La citation à l’ordre de la Xe armée du 12 octobre 1918 consacre ce « bataillon d’élite » :
« … dont la haine implacable de l’ennemi anime toutes les actions, joignant à un mépris complet de la mort le plus bel enthousiasme pour une cause sacrée. »
Pour ces exploits, le maréchal Foch remet en personne un fanion spécial au régiment russe. Cité deux fois à l’ordre de l’armée, le bataillon gagne la fourragère de la Croix de guerre. La gloire attire les volontaires : au 1er novembre 1918, le régiment compte 564 hommes, organisés en une compagnie de mitrailleuses et trois compagnies d’infanterie.
L’armistice, la dissolution et le destin des hommes
Dans les dernières semaines de la guerre, la Division marocaine est transportée en Lorraine, dans le secteur de Bezange-la-Grande et Brin-sur-Seille, en vue d’une grande offensive vers la Moselle qui ne sera jamais lancée : l’armistice du 11 novembre 1918 interrompt les préparatifs. L’avance se poursuit néanmoins jusqu’à la libération de Château-Salins, le 17 novembre. Après l’armistice, la Légion occupe le secteur de Mannheim, en Rhénanie.
À la fin de l’année 1918, le régiment russe est retiré du front et démobilisé. Une partie des hommes choisit de rester en France et de s’y intégrer ; d’autres se portent volontaires pour rejoindre l’armée du général Dénikine dans la guerre civile russe ; d’autres enfin sont rapatriés, via Marseille, vers Novorossiisk, sur la mer Noire — tel Malinovski, futur ministre de la Défense de l’URSS.
Une amertume demeure : la Russie s’étant retirée de la guerre, les survivants de la Légion russe pour l’Honneur ne furent pas admis à participer au défilé de la Victoire du 14 juillet 1919. Ces hommes qui avaient versé leur sang de la Somme à la ligne Hindenburg regardèrent passer la victoire à laquelle ils avaient tant contribué. L’Histoire, du moins, leur a rendu justice : la presse française de l’époque avait célébré leur héroïsme, et leur nom même — Légion russe pour l’Honneur — fut le tribut de leurs frères d’armes à leur bravoure.
Épilogue : Georges de Gueyer, après le feu
Grièvement blessé le 19 juin 1918 devant Villers-Cotterêts, le lieutenant Georges de Gueyer entame une longue convalescence, très certainement sous le soleil de Nice, loin du fracas des canons de la Somme et de l’Aisne. C’est là qu’il se reconstruit et célèbre la vie en épousant Hélène Berednikovna en août 1918, quelques mois seulement avant l’armistice. Titulaire de la Croix de guerre avec étoile d’argent, cité par le général Daugan, il appartient à cette poignée d’hommes qui, ayant tout perdu — leur pays, leur empereur, leur monde —, choisirent de rester fidèles à leur honneur et à la France. Comme le proclamait la note de la Division marocaine qui les accueillit : « ceux-là sont avec nous ». Ils le furent jusqu’au bout.
Sources
– Wikipédia — Mutinerie des soldats russes à La Courtine
– Wikipedia (en) — Russian Legion
– Wikipédia — Division marocaine
– Wikipédia — Corps expéditionnaire russe en France
– Gallica (BnF) — Pages de gloire de la Division marocaine, 1914-1918