Joseph Levin (1894-1979) : un artiste au croisement des avant-gardes
Le parcours de Joseph Levin, né à Saint-Pétersbourg en 1894, se lit comme une fresque épique du vingtième siècle. Artiste protéiforme, à la fois peintre, dessinateur, écrivain et poète, il a traversé les bouleversements politiques et artistiques de son époque, de la Russie révolutionnaire à la scène artistique new-yorkaise et parisienne.
Des débuts russes à l’effervescence avant-gardiste
La formation de Joseph Levin est marquée par une exigence académique classique. Après le gymnase, il intègre l’Institut impérial de peinture, dirigé par Roerich, où il reçoit l’enseignement de maîtres comme Resberg, Moscovici, Navozov et Fimon. Son ouverture sur le monde commence tôt, avec un séjour à New York où il fréquente la National Academie de dessin.
Le tournant de 1917 le ramène en Russie. Le retour à Petrograd puis son départ pour Moscou en octobre le plongent au cœur des transformations culturelles du pays. Sa rencontre en 1919 avec le poète Sergei Essenin, ami de son frère Vaniamin, est déterminante. Au contact du peintre Larionov et des figures de l’avant-garde russe, Levin embrasse le mouvement imaginiste et signe leur manifeste.
Son exploration artistique s’étend rapidement. En 1920, il s’installe à Chita, en Extrême-Orient, où il se confronte à la technique de la fresque, décorant l’Université de Penza. Son voyage en Chine en 1922 marque une étape cruciale : la pratique de la calligraphie chinoise infuse durablement son art d’un caractère graphique affirmé.
Entre tragédie et exil : les années parisiennes et américaines
De retour à Moscou en 1923, il renoue avec Essenin, tout juste revenu de Paris avec Isadora Duncan. À la mort tragique du poète, Levin veille sa dépouille et réalise des portraits marquants, dont l’un est aujourd’hui conservé au Musée de la littérature à Moscou.
En 1926, Levin quitte l’Union soviétique pour Paris. Il s’installe rue Baillou à Montparnasse. Durant cette période, son activité est intense : il peint, mais crée également des décors et des costumes pour les artistes russes de la scène parisienne.
En 1935, il rejoint New York, ouvrant un atelier à Greenwich Village. C’est là que sa peinture entame une mutation profonde vers l’abstraction. Il théorise alors le « Sur-consciencilisme », un concept visant à représenter la force centrifuge, symbole selon lui du Mouvement universel.
Une reconnaissance internationale et le retour aux sources
À partir de 1950, l’œuvre de Levin fait l’objet d’expositions internationales, notamment à Londres, Amsterdam, Paris et aux États-Unis. En 1969, un retour symbolique s’opère à Moscou avec une exposition au Musée de la littérature.
Joseph Levin se stabilise définitivement à Paris en 1970 avec sa compagne Bettina, qui partagea sa vie pendant 43 ans. Sa carrière est couronnée en janvier 1979 par une rétrospective à la Galerie Grifo de Rome, intitulée « Soixante années de peinture ». Il s’éteint quelques mois plus tard, à Mazan, près d’Avignon, laissant derrière lui une œuvre riche, nourrie autant par la plume que par le pinceau.
L’itinéraire de Joseph Levin témoigne d’une quête incessante de renouvellement, faisant de lui l’un des témoins privilégiés des mutations esthétiques de son temps.