La 3e brigade russe en France : de l’Oural au front de Champagne
L’histoire de la participation russe au premier conflit mondial est souvent résumée par les grandes batailles du front de l’Est. Pourtant, une page méconnue mais fascinante de ce conflit concerne l’envoi de corps expéditionnaires russes en France. Parmi eux, la 3e brigade occupe une place La 3e brigade russe en France : de l’Oural aux tranchées du Chemin des Dames
L’arrivée des troupes russes en France lors de la Première Guerre mondiale constitue un épisode méconnu, fruit d’un accord diplomatique stratégique conclu fin 1916 : le gouvernement français, en manque d’effectifs, échangeait de l’armement contre l’envoi de contingents russes. Si la 1ère brigade arrive dès le printemps 1916, la 3e brigade, dont l’histoire a été largement documentée par Gilbert Cohen, suit un parcours singulier et tragique.
Du Grand Nord au front de Champagne
L’histoire de cette unité débute à Tchéliabinsk, sur les contreforts de l’Oural. Au printemps 1916, le major-général Marouchevsky constitue deux régiments d’infanterie, les 5e et 6e, composés de trois bataillons chacun et dotés de compagnies de mitrailleuses. Après avoir été équipés de fusils français, les 10 000 hommes quittent le port d’Arkhangelsk en juillet 1916.
Arrivée à Brest en août, la brigade transite par Marseille — car elle était initialement destinée au front oriental — avant de rejoindre Mailly-le-Camp (Aube) en septembre 1916 pour parfaire son instruction. Dès la mi-octobre, les 5e et 6e régiments relèvent la 1ère brigade dans le secteur de Ludes, à l’est de Reims.
L’épreuve du feu et l’offensive Nivelle
Jusqu’en mars 1917, ces soldats endurent un quotidien de souffrances marqué par le froid, les gaz et les bombardements, avec des combats de plus en plus intenses en janvier. En mars, les corps à corps à la baïonnette deviennent fréquents avant une brève période de repos.
En avril 1917, ils participent à l’offensive Nivelle, au cœur du Chemin des Dames. Alors que la 1ère brigade s’empare difficilement du village de Courcy malgré des pertes massives, la 3e brigade est engagée le 19 avril face au mont Spin et au village de Sapigneul. Malgré une conquête initiale du mont Spin, la menace sur leurs flancs contraint les Russes à un repli stratégique en fin de journée. Pour leur bravoure, les quatre régiments russes sont cités à l’ordre de l’armée.
La crise morale et les mutineries
Le moral s’effondre rapidement sous l’influence de deux chocs majeurs : les mutineries françaises et les nouvelles de l’abdication du tsar en Russie. Pour éviter la contagion révolutionnaire, le commandement transfère les deux brigades au camp de La Courtine (Creuse) entre fin juin et début juillet 1917.
La situation dégénère : les soldats prennent le contrôle du camp et refusent de rendre les armes malgré les tentatives de négociation du gouvernement Kerensky. La 3e brigade, jugée encore « saine », est isolée et envoyée au camp de Courneau (Gironde). Finalement, l’armée française décide d’intervenir par la force : un assaut est lancé sur La Courtine le 16 septembre, aboutissant à la reddition des derniers mutins le 19 septembre.
Épilogue : dissolution et engagements résiduels
Après la dissolution des brigades, le sort des soldats est scellé par l’exil et le travail forcé :
La Légion russe pour l’honneur : Sous l’impulsion du colonel Gothua, une poignée d’officiers et de soldats choisit de poursuivre le combat. Intégrés à la Division Marocaine, ces volontaires participeront activement aux combats jusqu’à l’armistice du 11 novembre 1918.
Sanctions : Les meneurs sont jugés et emprisonnés, tandis que la masse des soldats est affectée à des travaux publics en France ou en Afrique du Nord.