Le 6ème bataillon du 1er régiment étranger dans la réduction de la tâche de Taza (1923)

En 1923, le Maroc est le théâtre d’opérations militaires intenses visant à stabiliser la région de Taza, zone stratégique marquée par une forte résistance des tribus locales. Au cœur de ces événements, le 6ème bataillon du 1er régiment étranger, placé sous les ordres du commandant Kratzert, joue un rôle déterminant. Entre avril et novembre 1923, ces légionnaires s’illustrent par une polyvalence constante, alternant entre combats acharnés et travaux de fortification cruciaux pour l’implantation française.

Une entrée en campagne déterminée

Le 16 mars 1923, le bataillon quitte sa garnison de Saïda. Après un transit par Sidi Bel-Abbès et Oujda pour compléter son équipement, il rallie le groupement mobile Curie à Bou Rached le 31 mars. Malgré des conditions climatiques défavorables, les effectifs — composés notamment des 21ème, 22ème et 23ème compagnies, ainsi que de la 6ème compagnie de mitrailleuses — manifestent une volonté marquée d’en découdre avec les Beni Ouarain, qui s’opposent à toute progression dans la zone.

De l’opération de Berkine aux Beni Bou Zert

L’offensive débute véritablement le 6 avril au sein de la colonne Freydenberg. Le bataillon progresse sur un terrain abrupt, venant régulièrement en appui à l’artillerie. Le 13 avril, à Berkine, il subit le feu des dissidents avant de s’installer. Les semaines qui suivent illustrent la spécificité de la légion : le combat laisse place au génie. Les unités se répartissent les tâches : construction de la tour Kratzert, de l’ouvrage Naegelin et montage de fours à chaux, sous la protection de la compagnie de mitrailleuses.

L’engagement se poursuit en mai dans la région des Beni Bou Zert. Le 5 mai, le bataillon, initialement en réserve, est rapidement engagé. Après des combats vigoureux, la progression se poursuit le 6 mai jusqu’à l’occupation de positions stratégiques sur le djebel Tafrant, une ascension éprouvante où tout le matériel doit être acheminé à dos d’homme.

Le baptême du feu de Tamezought et du Tadout

Dès le 29 mai, après un repos sommaire, le bataillon reprend sa marche vers le plateau de Tamezought. Les combats sont opiniâtres, marqués notamment par la perte du caporal Ozala. Les légionnaires atteignent leur objectif le 30 mai avant de se consacrer, jusqu’en juin, à l’infrastructure de la zone : pistes, lignes téléphoniques et postes de défense.

Le 26 juin, l’opération du Tadout représente une étape majeure. Lors de la conquête du plateau, la 23ème compagnie affronte une résistance acharnée sur les hauteurs. Le tir ajusté des mitrailleurs du capitaine Barre s’avère décisif pour stopper l’ennemi. Le bataillon paye un tribut lourd lors de ces journées, avant de se consacrer à la sécurisation et à la construction d’une série d’ouvrages fortifiés dans ce secteur aride.

Le sacrifice au Taghzout

Le 23 juillet 1923 demeure la date la plus sombre et la plus héroïque pour le 6ème bataillon. Lors de l’attaque du Taghzout, l’unité est en première ligne. Dans une chaleur accablante, les légionnaires s’élancent à l’assaut des positions dissidents. Le combat est d’une violence extrême. Malgré la contre-attaque ennemie et la mort au feu du lieutenant Christophe, la détermination du bataillon permet de l’emporter. Le bilan est sévère : 18 morts et 36 blessés.

Ce combat marque le point d’orgue de l’engagement opérationnel du bataillon, qui poursuit ensuite des missions de travaux avant de regagner sa garnison de Saïda le 19 novembre 1923.

Héritage d’une campagne éprouvante

Au-delà des succès militaires et des félicitations reçues par le général Poeymirau ou le maréchal Lyautey, la « tâche de Taza » laisse des traces contrastées. Si le dévouement et la bravoure des légionnaires sont historiquement reconnus — faisant écho aux paroles du général Marmier sur le sacrifice de la Légion —, les témoignages de l’époque, tels que ceux recueillis ultérieurement sur le sous-lieutenant de Gueyer, soulignent aussi la dureté de ces opérations de pacification et le malaise profond suscité par la nature de cette guerre auprès de certains officiers.

Sources : Les informations présentées s’appuient sur les archives militaires relatives au 6ème bataillon du 1er Étranger durant la campagne de 1923, incluant les rapports de marche, les témoignages de contemporains et les recherches historiques sur la pacification du Maroc.

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