L’épopée de Georges de Gueyer et de la Légion Russe : Les sacrifiés de la Division Marocaine (1918)
L’année 1918 marque le dénouement de la première guerre mondiale, mais aussi le chapitre le plus héroïque et tragique pour les soldats russes restés fidèles à l’alliance avec la France après la révolution de 1917. Parmi ces hommes d’élite figure le lieutenant Georges de Gueyer. Intégrée à la prestigieuse Division Marocaine (DM), la Légion Russe va s’illustrer par des actes de bravoure prodigieux, payés au prix fort, pour barrer la route de Paris aux armées allemandes.
Du repos en Lorraine à la fournaise de la Somme
Au début de l’année 1918, la Légion Russe se trouve cantonnée en Lorraine, plus précisément à Rozières en Blois, dans le secteur de Vaucouleurs au sein du département de la Meuse. Durant cette période, les troupes sont partagées entre les travaux publics et les exercices militaires. Ce repos ne dure que quelques semaines.
Face à la grande offensive de printemps déclenchée par l’armée allemande, la Légion Russe est appelée en urgence et envoyée sur la Somme à partir du 26 mars 1918. La Division Marocaine débarque dans le secteur stratégique de Villers-Bretonneux avec une mission cruciale : contenir la poussée allemande et éviter à tout prix que l’ennemi ne se rende maître d’Amiens.
C’est à ce moment précis que le destin de la Légion Russe se lie de manière indéfectible à celui du 8ème Régiment de Zouaves, pour lequel elle va constituer un bataillon d’assaut. C’est sous les ordres directs du capitaine Loupanoff que le lieutenant Georges de Gueyer s’apprête à charger.
Le fait d’armes de Villers-Bretonneux : « Des hommes prodigieux »
Dans la nuit du 25 au 26 avril 1918, les quatre régiments de la division gagnent secrètement leurs positions de départ. À 5h15 du matin, l’offensive est lancée. Malgré les efforts désespérés de la Division Marocaine, les lignes allemandes tiennent bon et refusent de reculer. C’est alors que la Légion Russe reçoit l’ordre de passer à l’attaque.
L’héroïsme de cette charge fantastique est immortalisé dans les pages de gloire de la Division Marocaine qui relatent cet épisode avec ferveur :
« Toute la ligne semble clouée au sol.
Soudain, un soubresaut l’agite. Une petite troupe s’est dressée dans la plaine : cette troupe s’élance, elle passe comme une trombe entre zouaves et tirailleurs et magnifique, la baïonnette haute, méprisant les balancent qui la déciment, officiers en tête, bondit sur l’ennemi d’un tel élan qu’elle le refoule jusqu’à la route du monument. Quels sont donc ces hommes prodigieux, qui, hurlant des paroles incompréhensibles, sont parvenus chose à peine croyable, à franchir cette zone de mort que zouaves et tirailleurs n’avaient pu dépasser ?
Ce sont les Russes de la Division Marocaine.
Gloire à eux ! Gloire à ceux qui sont tombés, et gloire aussi à ceux qui ont survécu, et qui, n’ayant pu, trop peu nombreux, se maintenir sur la position conquise, ont tenu à l’honneur, d’aller la nuit tombée arracher aux mains de l’ennemi les cadavres de ceux de leurs frères qu’ils y avaient laissés ! »
Au prix de ces immenses sacrifices, l’élan allemand est brisé et la route d’Amiens reste définitivement fermée à l’envahisseur.
Face à la menace sur Paris : La citation de Georges de Gueyer sur la Crise
Après les terribles combats de la Somme, la Division Marocaine se replie pour se reconstituer dans l’Oise, dans la zone de Nanteuil-le-Haudouin. Le répit est de courte durée : une nouvelle percée allemande à Soissons en direction de Château-Thierry menace directement Paris. L’armée allemande vient d’investir Soissons.
Le 29 mai, la DM débarque en urgence dans la région de Vic-sur-Aisne et se déploie le long de la rivière la Crise. Dès le lendemain, le 30 mai, les troupes entrent en contact avec l’ennemi. Les assauts allemands successifs sont repoussés grâce à la ténacité de la division.
CITATION À L'ORDRE DE LA DIVISION (30 MAI 1918)
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"Le lieutenant Georges de Gueyer s’est fait remarquer le 30 mai 1918
pour son courage et son sang-froid en commandant une section de
mitrailleuses ; n’a pas hésité à se mettre en batterie sur une position
importante battue par un feu de l’artillerie et de l’infanterie adverses.
A tenu, malgré les nombreux morts et blessés, l’ennemi en respect."
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DECORATION : Croix de guerre DISTINCTION : Étoile d'argent
Pour cet acte d’héroïsme pur sous un feu croisé d’artillerie et d’infanterie, Georges de Gueyer est officiellement cité par le général de division Daugan et se voit décoré de la Croix de guerre avec étoile d’argent.
Le sang versé à Villers-Cotterêts et le retour à la vie civile
Au début du mois de juin, la Division Marocaine remonte une nouvelle fois en ligne dans le secteur de Villers-Cotterêts. Les combats y atteignent une violence extrême, sous un pilonnage d’artillerie incessant. Les hommes de la DM font bloc : ils repoussent chaque assaut allemand et parviennent même à reprendre les positions qui avaient été perdues.
C’est au cours de ces affrontements, le 19 juin 1918, que le destin de Georges bascule. Lors d’une forte reconnaissance ennemie, le lieutenant de Gueyer est blessé au combat. Cette blessure marque la fin de son calvaire sur le front.
Évacué vers l’arrière, il quitte les lignes de feu pour entamer une longue convalescence. C’est très certainement sous le soleil de Nice, loin du fracas des canons de la Somme et de l’Aisne, qu’il se reconstruit et célèbre la vie en épousant Nelly en août 1918, quelques mois seulement avant l’Armistice.